Démocratie constructive et gouvernance de la technique

Il existe au sein des théories et des pratiques de la gouvernance démocratique une tendance dominante qui trouve son origine dans la pensée dialogique contemporaine, celle de Habermas en particulier, et dans une moindre mesure, celle de Latour et Callon. Les modèles dialogiques se distinguent par le privilège qu’ils accordent à des degrés divers à la discussion et à l’entente, au risque de favoriser les dispositifs institutionnels de démocratie délibérative et participative, tels que le débat public ou la conférence de citoyen. Le modèle de la démocratie constructive apparaît en comparaison comme une voie alternative qui permet de combler certaines lacunes des modèles dialogiques.

Le modèle de la démocratie constructive peut s’appliquer au sein de la gouvernance de la technique dans les secteurs où la tendance dialogique est manifeste et où elle tend à conforter une forme de « technocratie éclairée ». Le dispositif du projet européen Cowam-in-Practice (CIP) propose une expérimentation inspirée par la démocratie constructive dans la gestion des déchets radioactifs, issus pour l’essentiel de l’exploitation des centrales nucléaires. La voie de la démocratie constructive mise à l’épreuve dans ce processus technique et social complexe vise une transformation du système de relations entre acteurs ainsi qu’une consolidation de l’autonomie tant heuristique que stratégique de la société civile.

 Par démocratie constructive, on peut entendre une forme de démocratie dans laquelle la gouvernance coopérative, réflexive et durable entre acteurs nécessite une véritable construction des activités et des capacités des citoyens, tant d’un point de vue logistique, heuristique que stratégique. La notion de démocratie constructive rend également compte de la construction d’une culture démocratique de la coopération qui a l’ambition d’être durable, dans laquelle les acteurs peuvent aborder les questions techniques parfois pointues avec leur regard légitime de citoyen.

 La démocratie constructive, si elle recourt à des dispositifs dialogiques, ne se confond pas avec la démocratie dialogique, car elle articule les conditions dialogiques avec les conditions non-dialogiques de la gouvernance. Parmi ces conditions non dialogiques, on trouve, au-delà des conditions discursives, des conditions d’arrière-plan d’ordre culturel, mental, corporel, organisationnel, institutionnel, matériel, financier, etc. . De plus, la démocratie constructive se démarque des modèles désormais classiques de la démocratie délibérative et participative, en particulier de leur modalité institutionnelle. En effet, la construction de conditions d’arrière-plan permet de faire émerger de nouvelles catégories d’acteurs de la société civile, en posture de compétence et de puissance au sein des dispositifs délibératifs ou participatifs. Cependant, la démocratie constructive n’est pas exclusive d’autres formes aujourd’hui canoniques de démocratie (représentative, participative, délibérative) et en cela peut parfaitement s’accommoder d’une constitution mixte.

Voir l'article complet sur le site de la revue Gouvernance.

Référence de l'article

Démocratie constructive et gouvernance de la technique. Les conditions de la gouvernance démocratique dans un processus technique et social complexe : l’exemple du projet européen Cowam-in-Practice dans la gestion des déchets radioactifs

in Gouvernance, vol. 7, n°2, février 2011, page 2

Sylvain Lavelle¹, Gilles Hériard Dubreuil², Serge Gadbois², Claire Mays³, Thierry Schneider4

1 Centre Ethique, Technique et Société (CETS), ICAM Lille, 6 rue Auber 59046 Lille Cedex
2 Mutadis, 3 rue de la Fidélité, 75010 Paris
3 Symlog, 262 rue Saint-Jacques, 70005 Paris
4 Centre d’étude sur l'Evaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire (CEPN), 28 rue de la Redoute, 92260 Fontenay-aux-Roses
 

[iii] Cet article est issu de la recherche menée par les auteurs au sein d’un projet européen Cowam-in-Practice (CIP) financé par Euratom dans le cadre du programme FP6.

 

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Fondée en 1990, Mutadis est une équipe pluridisciplinaire de recherche et d'expérimentation qui intervient au plan territorial, national et international sur les problématiques de développement durable et de gouvernance des activités porteuses d'enjeux complexes pour la société.

 

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